CURSEDBLOOD Clyde
Nom : Cursedblood
Prénom : Clyde
Age : plus de quatre siècle
Sexe : masculin
Race : vampire
Histoire :
Clyde fut mordu un jour par un vampire dont il ignorait le nom. Il réussit à retenir son instinct de prédateur pendant une semaine, tenant beaucoup à sa famille, surtout à sa petite cousine et sa sœur, et sans doute, un peu, à son frère malgré tout ce qu'il a pu dire à son sujet. Voici le récit de cette semaine hors du commun, à laquelle il ne s'attendait pas le moins du monde.
Lundi 8 juillet 1689
Je ne sais pas ce qui me réveille. Un bruit lointain ? Un cauchemar ? Peu importe, je n'ai qu'une envie, me recoucher et ne jamais me réveiller, ne plus voir ce que je suis devenu, ne plus voir ce monde qui trouve une nouvelle face à mon regard devenu perçant et attentif.
Et puis zut ! Maintenant que c'est arrivé, je ne peux pas reculer. A quoi bon avoir atteint cette existence si je n'en profite pas ? Mais tout de même.
Je pousse les draps de soie qui me recouvraient, tire les rideaux et explore du regard ce qui me sert de chambre. Elle est sombre, aucune lumière ne vient l'éclairer. Il fait sans doute nuit, pourtant j'entends des voix. Il me semble qu'il s'agit de celle de Gilford, mon frère, et il est tout près de ma porte. Je déteste quand il rode par là. Cette partie du château lui est interdite et pour cause, il a failli y mettre le feu quelques années en arrière avec un candélabre. Je n'avais jamais vu mes parents aussi furieux. Si mes souvenirs sont bons, c'était notre petite cousine de France qui avait alerté les domestiques. Personne n'a jamais compris pourquoi il voulait faire brûler notre demeure. Peut-être est-il juste pyromane.
Il s'en va, ce n'est pas trop tôt. Je vais enfin pouvoir sortir sans avoir à le rencontrer. Le couloir est calme, mais les chandelles sont restées allumées. Je passe en hâte devant la chambre de ma sœur, sans émettre le moindre son, et j'entends très distinctement son souffle régulier. Je l'imagine en train de dormir, frêle, belle, froide. L'envie me prit un instant de profaner son sanctuaire pour la regarder. Rien d'autre, et m'enivrer de cette odeur de lys qui flotte toujours autour d'elle.
J'aurais voulu rester dans mon rêve, mais je suis ramené à la réalité par ma faim. Dans un soupir, je descends aux cuisines pour chercher de quoi me restaurer. Le cuisinier et ses aides dorment, il n'y a pas un chat, mais des rats, ça oui. J'explore les moindres recoins de la longue pièce imprégnée d'odeur de feu, d'eau, d'aliments divers et variés. Mais rien ne me satisfait. Je fais la grimace devant les fruits et légumes, le pain donne l'impression que je m'étouffe avec, le fromage me prend à la gorge. En désespoir de cause, j'attrape un morceau de chevreuil en train de sécher, allume un feu et commence à le faire cuire. J'ai toujours mangé la viande bleu, et je ne change pas mes habitudes. Pour ce goût là, je suis bien l'intrus de la famille. Ma mère déteste ce qui a le goût du sang, comme ma sœur, trop délicate pour ça, mon père n'a pas de préférence, quand à mon frère, il ne mange pas de viande, du poisson, des œufs, mais surtout pas de viande.
J'arrive à affaiblir ma faim, mais étrangement ça ne la calme pas entièrement. Je ne sais ce que je veux ou ce qu'elle veut. Mais tout de même, j'espère ne pas finir par être dirigé par elle.
Je marche longuement le long des murs, passant de pièce en pièce. C'est le calme absolu et j'aime ces moments où je suis seul, avec comme compagnie mes pensées et la lune, et ce soir, le vent venu du sud.
Mais déjà, j'entends les domestiques s'agiter. Aujourd'hui doit venir ma petite cousine de France, Camille, accompagnée de sa tante et tutrice, Madame De Lamotte. J'aime ma cousine, sa petite taille, son regard d'enfant rieur, ses yeux qui lisent en vous comme un livre ouvert.
Mais toute cette agitation à vite fait de m'agacer. Je retourne dans ma chambre et me recouche.
Mardi 9 juillet 1689
Après un sommeil des plus long et doux que j'ai jamais connu, je décide de sortir de mon antre et d'aller saluer Camille. La jeune enfant est assise sur la balançoire au dehors et se balance mollement. Personne n'a daigné aller la chercher pour la faire rentrer. La pauvre a toujours été toute seule, seule la fortune dont elle a hérité de son père, malgré les mécontentements que son testament à fait naître, la montre entourée. Mais je connais la vérité. Ou plutôt son sentiment de solitude, je l'ai très vite compris. Ses larmes retenues m'avaient touché au plus profond de moi, et je vouais depuis, une certaine admiration à cette gamine de 11 ans.
A mon approche elle relève la tête et sourit. La tristesse perçu un instant plus tôt à laissée place à de la joie, de la pure joie. Mon pas s'accélère de lui-même, sans que je puisse y faire quoi que ce soit, et en un rien de temps, je me retrouve devant elle, surprise.
« Pourquoi n'es-tu pas venu m'accueillir comme il se doit ? »
Sa voix est dure. Je la sait vexée, mais elle ne m'en voudra plus pour très longtemps.
« J'ai eut un empêchement. Excuse-moi Camille.
- Tu sais bien que je ne peux pas faire autrement. Accepterais-tu de me pousser, s'il te plait, cousin, pour te faire pardonner ?
- Bien entendu, jeune demoiselle. »
Et je me mets en action, ravie de partager un moment de paix et d'insouciance avec elle. Ces moments risquent fort de devenir rare à l'avenir, ou alors juste pour notre famille. Un pasteur d'un village voisin nous a apporté une bien étrange nouvelle. Une petite armée serait en marche pour nous rencontrer, envoyée par un de nos ennemis les plus virulent : le Comte Aliester Van Deskin.
Pris dans mes pensées, je ne vois pas la jeune fille tomber de son jeu. De panique, je manque de m'écrouler dans l'herbe en allant la voir. Une fois. Deux fois. Trois fois. J'ai réussis à tenir sur mes jambes, mais elle a bien vu mes problèmes d'équilibre et rie librement. Rien de cassé à première vu. Et cela se confirme lorsqu'elle se lève pour me prendre par la main. Contact doux et rassurant.
« Tu es bien froid ?
- Je couve peut-être quelque chose. Je trouve qu'il ne fait très chaud. »
Elle regarde la montre accroché à sa petite veste de dentelle blanche brodée de perles.
« Oh, je dois aller à ma leçon de piano.
- A cette heure-ci ?
- Oui ces horaires de cours ne sont pas fixes et sont étrangement placées dans mon emploi du temps. Viens-tu m'écouter ?
- En cachette bien sur. Part devant. »
Elle lâche ma main et court vers les lumières de notre demeure. Elle eut vite fait de devenir une simple lueur blanche aux contours incertains. Après un petit temps d'attente, je vais la voir, caché dans les branches d'un feuillu, invisible aux yeux du monde. Elle est là, petite, menue, faisant glisser ses doigts sur les touches blanches et noires de l'instrument. Et cette douce mélodie qui m'envahis me fait oublier les horreurs que j'ai pu connaître, la peur qui m'absorbe, comme le noir absorbe les couleurs, la lumière. Et j'attends désespérément une étincelle, une flamme, un feu qui pourrait venir me chercher et me ramener vers la vie. Mais plus les secondes avancent, plus je m'aperçois que mon destin est scellé. Je ne peux plus rien faire, à part avancer, et sans doute, m'enfoncer dans mon obscurité.
Le silence vient alors. Camille a cessé sa jolie musique, et elle regarde d'un air endormi son professeur, mécontent qu'elle ait fait une faute aussi minime soit-elle. Elle tourne la tête dans ma direction et sourit. M'a-t-elle vu ? Ou sait-elle juste que je l'observe ? Ca n'a pas d'importance. Le professeur s'approche, regarde par la fenêtre et tire d'un coup sec les rideaux. Les cheveux rougeoyant de l'enfant me sont cachés. Je n'ai plus rien à faire ici.
Mercredi 10 juillet 1689
Toujours le silence. Mais un silence plus pesant. J'ai entendu dans la journée un convoi arriver bruyamment, composé par une dizaine de cavaliers et un carrosse. Ils ont dû apporter une mauvaise nouvelle, mais je me sentais trop faible pour aller écouter aux portes. J'ai faim, encore, mais rien ne saurait me satisfaire. Je trouve dans le salon, éclairé uniquement par le feu ronronnant dans la cheminée, car cet été se révèle particulièrement froid, mon père. Il a le teint pâle, maladif, et ses yeux verts virent au jaune. Lui qui avait su garder la beauté et la vigueur de sa jeunesse, vieillit à vu d'œil et à une vitesse alarmante.
Je m'assois en face de lui, et sort un jeu de dames. Mon père ne connaît pas les échecs et moi, je n'aime pas ça. Je préfèrerais jouer à ce jeu ramené par un hollandais d'une île située tout à l'est, le Go. Mais c'est bien trop complexe pour que les habitants du château puissent m'offrir une partie divertissante.
« Tu ne sors plus beaucoup de ta chambre, mon fils. Serais-tu souffrant ?
- J'ai bien peur que oui. La fatigue me prend rapidement, et je m'effondre d'un seul coup. Mais ma santé est moins alarmante que la votre père. »
Il soupire et avance un point blanc. Nous échangeons plusieurs coups, sans rien nous dire. Je mange un pion, puis deux, puis trois, puis six. Je mange. C'est le cas de le dire. Je dévore oui ! Jamais je n'ai éprouvé un tel plaisir à battre mon vieux père. Il n'est pas très futé et avance au hasard, mais je n'ai jamais cherché à le démolir, à le détruire. Pourtant, j'en éprouve l'envie, le besoin.
Sa voix me ramène à la réalité, et éloigne loin de moi, ma folie.
« Je me fais vieux, et malgré tous mes efforts pour rester fort, Dieu me rappelle à lui. C'est dans l'ordre des choses. Celui que Dieu ne voudrait plus voir, serait tout simplement un monstre, un être inhumain.
- Ou alors, quelqu'un qui a quelque chose de très grand à accomplir.
- Non, car un jour ou l'autre, il finira sa vie.
- Vous avez dit, il y a quelque temps, que le comte Van Deskin était inhumain. Pensez-vous qu'il serait...immortel ? »
Il tressaille, fait tomber le plateau à terre. Il bredouille de vagues excuses, à propos de ses membres qui ne sont plus aussi fiables et ramasse les pièces. Je sais qu'en temps que fils, je devrais l'aider, mais je m'amuse de le voir à mes pieds.
Il se relève et s'assoit.
« Il finira ses jours en enfer. Et je refuse que notre baronnie cède devant un comte venu de l'autre bout du pays, un barbare sans éducation et talent. Peu importe ce qui arrivera, je combattrai et j'ordonnerai à mes hommes de faire de même. Et toi aussi par la même occasion. »
Furieux il s'en va, claquant la porte derrière lui, faisant tomber un miroir qui se brise sur le sol. Les superstitieux prendraient ça comme un mauvais présage.
Je m'avachis sur la banquette, laissant mes longs cheveux couleur de miel s'étaler à leur gré autour et sur moi. Je passe une main sur mon front et ferme les yeux.
Etrange entretien. J'ai bien peur que la situation soit pire que ce que je ne pensais. Et si père ordonne à tous les habitants du château de se battre, s'il ne rend pas les armes, que va-t-il advenir de Camille, de ma sœur ? Vont-elles mourir avant d'avoir atteint un age qui leur aurait permis de sentir un peu l'air frais de la liberté ?
La porte s'ouvre, doucement, et le bruit de petits pas qui courent vers moi me parvient tout comme une légère odeur de lys. Je sens ma sœur se blottir contre moi.
« Je t'ai entendu avec père. C'était une dispute ?
- Non, Winnifred, ce n'était rien. Rien d'intéressant. »
Je commence à caresser ses cheveux. Contrairement à moi qui ai hérité des caractéristiques physiques de ma mère, Winnifred ressemble beaucoup à mon père, avec bien entendu des traits plus délicats et fins. Elle se relève légèrement et plante son regard dans le mien d'un air mécontent.
« J'avais demandé à père un ruban rouge, orné d'une rose rouge. Et il m'a ramené un ruban blanc avec une rose blanche. Pense-tu qu'il soit distrait par quelque chose d'important ?
- Non, et puis, le blanc te va mieux que le rouge.
- Mais je ne veux plus porter les mêmes couleurs. J'en ai assez du blanc, du rose et du bleu pâle, des couleurs froides, pastel. J'ai envie de couleurs chaudes.
- Ne soit pas capricieuse. Je t'en offrirai un, de joli ruban, fait-moi confiance. Mais en attendant, retourne dans ta chambre. On ne doit pas te trouver ici.
- Hum...d'accord. Si tu le dis. »
Elle se lève et s'en va. Sans se retourner, alors que j'attendais juste un petit sourire de sa part. Winnifred demande peu de choses, mais quand elle le fait, ce n'est pas pour n'importe quelle raison.
Jeudi 11 juillet 1689
Le patriarche est mort !
Voilà la phrase qui revient dans toutes les bouches. Grand-père a rendu l'âme et père est cloué au lit. C'est à croire que le miroir brisé la veille a jeté l'opprobre sur la famille. J'entends Camille pleurer doucement, consolée, et bercée par Winnifred. Gilford rôde autour de la chambre dans laquelle le malheur s'est abattu. Certains pensent voir le fantôme de grand-mère et grand-père marcher main dans la main comme dans leur jeunesse, car il faut bien avouer, qu'ils furent les seuls à faire un mariage d'amour qui arrangeait la famille. Mon père et ma mère ne se sont mariés que par intérêt, ce qui explique qu'ils ne se parlent pas souvent.
L'oncle Phineas m'a convoqué dans le bureau de père. Je m'y rends à contre cœur. J'arrive devant la porte en chêne, frappe et entre sans vraiment y avoir été invité.
Droit, la silhouette carrée et robuste. L'inverse de ce que je suis. Le voilà assis sur le fauteuil au dossier de velours pourpre du chef de famille. Je vois à son visage grave que la discussion ne va pas me plaire, comme toutes celles que j'ai pu avoir avec lui.
Je m'assois face à lui, sur une simple chaise en bois, et attends dans le silence.
« Je suis content de vous voir.
- J'aimerais partager ce sentiment.
- Vous êtes toujours aussi franc. C'est une qualité, mais très souvent un défaut. Surtout dans l'affaire qui nous intéresse. »
Voilà qui devient intéressant. Qu'a-t-il encore imaginé pour me rendre la vie plus laide ? C'est bien une de ses spécialités. Tout le monde sait que nous ne nous apprécions pas. Notre haine l'un envers l'autre n'a pas de raison d'être, mais ça a toujours été comme ça, d'aussi loin que je me souvienne. Mon sourire impertinent lui fait perdre le sien. Lui aussi vieillit.
« vous avez du entendre parler du comte Van Deskin.
- Effectivement, mais je ne vois pas en quoi cela me concerne.
- Eh bien, voyez-vous... »
Il hésite. C'est mauvais signe, je dois me préparer au pire. Qu'a-t-il pu inventer pour résoudre le problème ?
« Le comte a une fille. Jolie, intelligente. Elle ferait un femme parfaite. »
Nouveau silence. Je ne lui ferai pas le plaisir de me voir réjoui ou en colère.
« Pour le bien de la famille, il faut que vous vous fiancez. »
Nous y voilà. Je veux bien être gentil et conciliant, mais il y a des choses que je refuserai de faire quoi qu'il arrive. Et ça, ça en fait partie. Donner mon cœur à une inconnue toute jolie et intelligente qu'elle soit ? Hors de question ! Si je ne veux pas de ça pour ma sœur et ma cousine, je ne vais pas l'accepter pour moi.
« J'ose espérer que vous êtes assez mature pour comprendre la situation.
- Je la comprends oui. Mais je n'irai pas contre mes convictions. Je refuse ces fiançailles. Sur ce, je vous laisse mon oncle. »
Je me lève et tente de sortir.
« NON ! ATTENDEZ ! Vous ne comprenez pas la situation. Si vous refusez, vous allez tuer votre famille et... »
Il n'a pas le temps de finir. Me voilà déjà sur lui, épée à la main, prêt à lui trancher la gorge.
Je sort en toute hâte de cette pièce.
Que m'arrive-t-il ? Je n'ai jamais agit de la sorte. User de la violence pour me sortir du pétrin ? Je ne l'ai jamais fait. Pourquoi maintenant ? Alors que tout va mal, et qu'il est en mon pouvoir de tout arranger, je laisse les choses, les évènements continuer, sans m'immiscer dedans, comme un spectateur. Est-ce ce que j'attends ? Une pièce de théâtre en trois actes, parlant de la noble baronnie Cursedblood, de son histoire, de sa destruction ? Je sais qu'au final c'est ce qui nous attend. Mais je n'éprouve nul peur, nul regret. Je n'en vois pas l'intérêt. Tout est destiné à être détruit un jour ou l'autre.
Une nuit d'errance me remettra peut-être les idées en place.
Vendredi 12 juillet 1689
En me levant, j'ai été assailli par une odeur acre venant de loin. L'odeur du sang. Comment l'ai-je senti ? Je ne me l'explique pas à moi-même. Elle m'a juste prise à la gorge. Mon réveil fut dès lors très difficile. Et la seule chose capable de me motiver, c'est de voir Camille et Winnifred, toutes les deux, jouant à la poupée avec, comme seule langage, celui de leurs rires claires comme le cristal. Cette vision suffit à me mettre de bonne humeur, et à me donner l'impression que rien ne bougera jamais. Tout restera ainsi, immobile jusqu'à la fin des temps.
Mais les pas de Gilford, mon cher frère, me ramènent à la réalité, et mon inquiétude augmente d'un seul coup. La guerre est-elle en train de se préparer ? Une petite guerre, dont la famille royale n'aurait que faire ? Combien de morts va-t-elle engendrer ?
Oui, je m'aperçois que je suis sûr qu'elle aura lieu. Et elle me fait peur. Par instinct car je me sais intouchable, sur de nombreux points.
Ma mère et mes tantes sont installées devant le feu en train de coudre. Elles ont des mines sombres, fatiguées. Ca ne me dit rien qui vaille. Dans notre famille, on dit que si une femme commence à se préoccuper des problème familiaux, c'est que la chose est des plus importante.
Je n'ai jamais été proche de ma mère. Ni de mon père en fait. Mais elle, je l'ai toujours regardé avec curiosité de loin. En train de jouer avec ma sœur, de coudre, de lire. Toujours droite, digne et noble. Gracieuse et rigide, sévère mais juste. Mais les rares paroles que nous ayons échangées étaient de l'ordre du « Peux-tu donner ça à ton père » ou « On te demande au salon » ou encore « Bonjour. Comment vas-tu ce matin ? » Des paroles inutiles, banales.
Père, lui, est encore alité. Pour combien de temps ? Même les médecins de renom ne le savent pas. Il semblerait que ce soit son âme qui est malade, et que seul Dieu pourrait le soigner. La belle affaire. C'est juste que son esprit s'est affaibli et avec les ennuis qui nous tombent dessus, il n'a plus la force d'y faire face.
Gilford arrive face à moi. Son regard est vide, brumeux. Lui aussi subit les conséquences de nos problèmes. Mais lui, contrairement à Winnifred, mère et Camille, il n'a personne pour l'aider. J'avoue être pris de pitié en le voyant comme cela, mais ce n'est pas suffisant pour ordonner à mon corps de le rassurer. Il n'a pourtant que 14 ans. Mais moi, on ne m'a jamais rassuré pour quoi que soit. Pourquoi lui donner un traitement de faveur ? Et puis, il me déteste et me méprise, puisque je vais succéder à père. Lui ne sera rien. Pour ma part, je n'ai pas envie d'avoir toutes ces responsabilités sur le dos. Et comme l'a justement fait remarquer l'oncle Phineas, je suis trop sincère.
Camille et Winnifred sont encore ensemble. En train de jouer de la musique. Winnifred s'occupe du violoncelle, et Camille du piano. L'air qu'elles jouent est bien trop triste, il ne leur correspond pas. Je ne veux pas, je ne peux pas l'entendre. Et je me détourne pour m'enfermer dans ma chambre. Et alors que tous semblent si préoccupés, ressentant le danger, je m'endors comme si de rien n'était, alors que le jour commence à pointer le bout de son nez.
Samedi 13 juillet 1689
J'ai chaud. J'ai faim. On crie, on hurle, on se bouscule dans les couloirs. Pourquoi fait-il jour ? J'aurais du me réveiller au crépuscule.
Une minute, ce n'est pas le soleil, mais le feu. Le château est en flamme ? Je n'ai rien senti. Rien n'est venu troubler mon sommeil.
Le feu ? Le feu ! Non ! Je ne veux pas mourir ! Pas de cette façon, ce serait trop bête après ce qu'il m'est arrivé. Je m'y oppose. Je refuse !
On tambourine à la porte. Bizarrement, mon corps ne se contracte pas, je reste très calme d'apparence, même si mon esprit calcule toutes les possibilités de sortit.
« Grand frère, grand frère. Dépêche-toi, ils arrivent. »
Je sors en toute hâte, vêtu d'une chemise en dentelle blanche et d'un pantalon noir. Winnifred saute dans mes bras, en pleurs. Camille est là elle aussi.
Une course effrénée commence alors. Je ne sais pas par quels chemins nous passons, il n'y a autour de moi que le feu, l'odeur du sang et de la fumée qui manque plus d'une fois de me faire tourner de l'œil. J'entends ma mère hurler des ordres aux servantes, l'oncle Phineas en lancer aux guerriers. Je sens une présence étrange. Elle me ressemble. Nous sortons et je lève la tête pour regarder le sommet du donjon. Une créature y est perchée. Je la vois. Elle a de longs cheveux aussi noir que la nuit, des yeux d'une couleur indescriptible, une peau blanche comme l'ivoire. Et son sourire... Elle s'amuse de la vue que nous offrons. La terreur la fait rire.
J'attrape violemment la main de Winnifred et celle de Camille et je les entraîne le plus loin possible de cette personne maudite.
En cour de route, je m'aperçois que, dans la panique et l'agitation qui nous entoure, j'ai lâché la main de ma sœur. Mais je n'ai pas le temps de m'en occuper. Camille. Qu'elle reste en vie. C'est ma seule préoccupation. J'entends ses pleurs. Il faut que je la mette à l'abri. Ensuite je retournerais chercher Winnifred, puis mère.
Mais je ne suis pas assez attentif, et l'odeur de sang me fait peu à peu perdre le sens de l'orientation. Une explosion m'envoie en l'air, m'obligeant à lâcher ma cousine. Et la peur me submerge d'un seul coup. Je suis comme oppressé par une force inconnue. Je n'arrive plus à bouger en direction du château. Je n'ai pas d'autre choix que de m'enfuir. Mais je reste là pendant des minutes durant lesquelles je n'ai aucune idée de ce que j'ai bien pu faire.
Lorsque je reviens à moi, j'ai du sang autour de la bouche et sur ma chemise. D'un geste vif je l'essuie. Je n'ai plus rien à faire là. Je ne sers à rien, et je suis trop effrayé par cette présence. J'ai honte de ne pouvoir aider ni ma sœur, ni ma cousine, ni personne d'autre de ma famille. Et autour de moi, tout m'apparaît comme au ralentit. J'ai occulté les cris de terreur provenant de mon ancienne demeure. Je n'étais pas fait pour intervenir dans ce conflit. J'aurais du rester à ma place de simple spectateur, et j'ai été puni.
Cette horrible journée fut bien courte. Je me dirige vers un des passages secrets menant au château et m'endors dans un des caveaux.
Dimanche 14 juillet 1689
Après cette longue période de sommeil, je me réveille en sursaut, priant de toute mon âme ou du moins ce qu'il en reste, que tout cela n'ai été qu'un rêve. Que je retrouverai mon monde de sécurité, où je me sentais protégé et serein. Mais non. Je suis toujours dans cette sombre pièce, sans fenêtre, la porte de bois parfaitement barricadée.
Et je me parle. A voix haute, à voix basse, dans ma tête ou partageant mes idées avec les murs et les rats qui filent à toute allure contre le mur, m'évitant le plus possible.
Un semaine. Juste une semaine. Et il s'est passé tant de choses. Je n'ai plus aucun endroit pour dormir, aucun endroit dans lequel revenir en période de faiblesse, personne à admirer du coin de l'œil. Plus mes pensées se tissent plus je me dis que je vais devoir devenir fort et garder mes état d'âme au fond de moi. Un être impitoyable, n'hésitant pas à ce servir des autres, des évènements. Aussi étrange que cela puisse paraître, je n'en suis pas dégoûté. C'est comme si tout ça était enfouit au fond de moi depuis toujours.
Je sens que la nuit à bien avancé. Aucun son ne me parvient, alors je décide de sortir. Il n'y a personne. Ouf ! j'ai eu peur pour rien. Je monte les marches menant au hall d'entrée du château. Tout est calciné. Je vois là, le cadavre noirci de la belle Winnifred, si jeune, si frêle. Elle mériterait d'être recouverte d'un fin voile blanc. Mais ce qu'elle porte dans les cheveux, c'est le ruban blanc offert par père, imbibé de sang.
« Eh bien voilà, tu l'as eu ton ruban rouge. Et grâce à moi»
Plus loin, dans la salle de réception, c'est celui de Gilford. Bof. Ca ne fait rien, je ne l'ai jamais aimé. Un idiot de plus ou de moins.
Je sors dans le jardin. Camille est là, agonisante. Le rouge lui va bien à elle. Je reste accroupie à ces côté. Elle tend une main vers moi, me demandant mon aide. Elle va mourir. Je pourrais lui offrir mon immortalité, mais quelque chose m'en empêche. Mieux vaux qu'elle reste humaine en mourant ici et maintenant, plutôt qu'elle devienne un démon en régnant avec moi. Je n'ose pas la tuer comme un être de mon espèce est censé le faire. J'aurais l'impression de la violer. La même pensée me vient en regardant ma mère, plus mal en point que ma cousine, à quelques mètres de là. La seule chose que je puisse faire pour elles, c'est les achever, abréger leurs souffrances avec la lame de mon épée. Et je repars.
Au fur et à mesure que j'avance dans cette demeure morte, je vois que les pillards sont passés par là. Certains objets qui ont baigné dans le sang ont disparu. Une coupe d'argent, un verre vénitien aux milles couleurs et reflets, un tableau d'un rouge sanglant représentant Camille, un sabre importé d'un des innombrables voyages de mon oncle, Katana, je crois que c'est comme ça qu'on l'appelait...
Et puis, il y eut comme un déclic en moi. J'ai clairement vu ce que je devais faire, ou plutôt ce que j'avais envie de faire. Je vais poursuivre les pillards, reprendre mes objets et les mettre en lieu sur. Je sais que c'est faisable. Malheureusement, la plupart ont déjà du passer dans beaucoup de mains, même en une journée. Mais ça ne fait rien, je ne me suis jamais autant sentit motivé de tout mon passage sur terre.
Moi, Clyde, devenu vampire il y a une semaine à peine. Je n'écrirai sans doute plus ou peu de lignes ici, je n'en vois plus l'utilité, et mon nouveau but risque de me prendre beaucoup de temps. Ce sont de bien longues nuits qui m'attendent...j'essayerai de vous épargner, si le destin vous préserve de ma funeste rencontre.
Caractère : C'est un être bien singulier. Sa véritable personnalité, personne ne la connais. Il joue avec son caractère comme un enfant avec une poupée, passant d'un être, à son opposé, suivant qui est en face de lui. Aussi est-il très dure de se faire une idée précise de ce qu'il est. Néanmoins pour lui-même, il serait un être dont les péchés dépasseraient les vertus. Le fait qu'il boive plus de sang qu'il ne le devrait montre qu'il n'a pas de moral ou de respect de la vie humaine, du moins, de certaines vies. Alors que certaine lui parraîtront extraordinaire, il en considérera d'autre comme inutile, une sorte de souillure à la surface de la Terre. Il aime ce qui est beau et renie le laid. Tout ce qui n'est pas à son goût ou possède un défaut qu'il ne peut pas supporter se retrouve exilé de sa vue
Apparence : Aucune en particulier. Il change facilement, au gré de ses envis qui sont diverses et variée et pas forcément vertueuse -_-' Les traits de son visages sont, en revanche assez constant, bien que suivant la lumière qui l'éclaire, il parraîtra plus dur ou plus doux. Cela dépend aussi de la vue des gens. Uhe personne myope, sans lunnette ou lentille, ne le verra pas de la même manière que quelqu'un qui à 20/10 de vision ^^ c'est une évidence, mais on sait jamais, faut toujours préciser des choses qui ont l'air stupide ou logique( un peu comme dans les dissertation de philo -_-' mais je vous rassure, je ne vais pas me répéter ^^) Une peau pâle, comme tout mort qui se respecte(sauf ceux qui ont la facheuse habitude de prendre des bains de soleil en plein désert à leurs heures perdu et qui ont bien sur, un sang puissant), des canines aiguisées qu'il aime beaucoup regarder(oui, il les aime bien maintenant, contrairement à avant où il se coupait toujours avec Mdlol). Ses membre, longs et fins, cachnt une fine musculature très élégante, qui cache, elle, sa force surhumaine(oui c'est un vampire alors forcément) Ses mains de painistes manipules tous les instruments possible, à cordes, à vent, torture sauf ceux de cuisine, puisqu'il n'en a pas besoin.
Particularité : Il a des lectures bizarres à ne pas laisser à la porté de tous, il aime jouer du violoncelle sur les toits des vieilles villes.


Commentaires
Ny-una le 08/05/2008 à 15:01:25Fais lui lire du Sade ! *________* x)
Saika le 08/05/2008 à 23:54:37
Je crois que Clyde a déjà lu toute la bibliographie de Sade, et ptet même que Sade s'est inspiré de lui, parfois... XD
Zut alors, mon petit Clydounet ne fait pas la cuisine... snif !!!! Eh ben, je vais le convertir, tu vas voir !!! XD
nabubulle le 11/06/2008 à 22:04:27
C'est vachement bien cke t'as écrit!!!! Pis tristou, pourquoiiiiii? T_T j'aime pas les histoires triste, surtout juste avant le bac XD
Oooooo y'a saika et tam qui ont posté! b'jour à toutes les deux, tam, j'espère que tu révise lol!!!!
« Je suis content de vous voir.
- J’aimerais partager ce sentiment.
- Vous êtes toujours aussi franc. C’est une qualité, mais très souvent un défaut. Surtout dans l’affaire qui nous intéresse. » : j'ai adoré ce passage XD